Thaïlande : vers la suppression des billets de 1 000 et 500 bahts ? Une proposition qui fait débat
- 2 janv.
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Fin décembre 2025, une annonce a fait beaucoup réagir en Thaïlande : le Thai Pakdee Party a déclaré vouloir supprimer l’usage des billets de 1 000 et 500 bahts sur l’ensemble du territoire.
Une mesure présentée comme un outil radical de lutte contre la corruption et les flux d’argent illégal, mais qui soulève de nombreuses interrogations, tant sur sa faisabilité que sur ses conséquences concrètes pour la population… et les étrangers vivant en Thaïlande.
Alors, s’agit-il d’une réforme réaliste ou d’une annonce politique forte à visée symbolique ? Décryptage.

Une proposition portée par un parti ultra-anticorruption
L’annonce a été faite le 26 décembre 2025 par Warong Dechgitvigrom, leader du Thai Pakdee Party, via une publication Facebook largement relayée par les médias locaux.
Selon lui, les billets de forte valeur — en particulier ceux de 1 000 et 500 bahts — seraient l’un des outils privilégiés des réseaux de corruption, de l’économie grise et des activités criminelles. Leur suppression permettrait, selon son argumentaire, de limiter drastiquement la circulation d’argent liquide difficilement traçable.
Dans son discours, Warong affirme que :
les pots-de-vin sont très majoritairement payés en cash,
les financements politiques occultes passent souvent par des billets de forte valeur,
même lorsque l’argent transite par des comptes intermédiaires (mule accounts), il est finalement retiré en espèces pour effacer toute trace.
L’argent liquide au cœur des réseaux illégaux
Le leader du Thai Pakdee Party va plus loin en évoquant des cas concrets :il rappelle notamment un scandale passé où des centaines de boîtes remplies de billets de 1 000 bahts auraient été découvertes dans la résidence d’un haut fonctionnaire du département des autoroutes.
Selon lui, l’argent liquide présente un avantage majeur pour les réseaux illégaux :👉 il ne laisse aucune trace, contrairement aux virements bancaires, aux actifs numériques ou aux transactions immobilières.
Dans cette logique, supprimer les billets de forte valeur rendrait :
le stockage de grosses sommes plus compliqué,
le transport d’argent illégal plus risqué,
les paiements occultes moins pratiques.
Une mesure intégrée à un plan beaucoup plus radical
La suppression des billets ne serait qu’un volet d’un programme anticorruption beaucoup plus dur, proposé par le Thai Pakdee Party.
Parmi les mesures évoquées :
un durcissement extrême des sanctions financières,
la peine de mort pour les détournements supérieurs à 100 millions de bahts, avec exécution sous 15 jours et sans possibilité de grâce royale,
la possibilité pour les citoyens de poursuivre directement les responsables corrompus, avec récompense financière en cas de condamnation.
Des propositions qui ont choqué une partie de l’opinion publique, mais qui séduisent aussi une frange de la population excédée par les scandales de corruption récurrents.
Quels impacts concrets pour la population ?
Warong Dechgitvigrom insiste sur un point :👉 les citoyens honnêtes ne seraient pas pénalisés.
Selon lui :
la majorité des Thaïlandais utilise désormais le paiement numérique (QR code, applications bancaires),
les billets de 100, 50 et 20 bahts seraient largement suffisants pour les dépenses quotidiennes,
même les personnes âgées pourraient s’adapter à un système reposant sur de plus petites coupures.
Cependant, cette vision est loin de faire l’unanimité.De nombreux internautes soulignent que :
certaines zones rurales fonctionnent encore majoritairement en cash,
certaines activités informelles (marchés, petits commerces) reposent sur des paiements en espèces,
la suppression des grosses coupures pourrait compliquer certaines transactions légitimes.
Et pour les expatriés et les touristes ?
Pour les étrangers vivant ou voyageant en Thaïlande, une telle mesure aurait aussi des conséquences pratiques.
Aujourd’hui, les billets de 1 000 bahts sont :
très utilisés dans les distributeurs automatiques,
courants pour les loyers, cautions ou paiements ponctuels,
pratiques pour les retraits bancaires afin d’éviter une multiplication de billets.
En cas de suppression :
les retraits en espèces deviendraient plus volumineux,
les contrôles sur les dépôts importants seraient renforcés,
toute tentative de déposer de grosses sommes en cash devrait être justifiée et déclarée fiscalement.
Warong précise d’ailleurs que si la mesure était adoptée — possiblement dans un délai de trois mois — les banques exigeraient la provenance des fonds pour tout dépôt conséquent.
Une annonce politique… pas encore une loi
Point essentiel à rappeler :👉 il s’agit pour l’instant d’une proposition, portée par un parti politique, et non d’une loi votée ou appliquée.
La réaction du public est très partagée :
certains saluent une initiative courageuse face à la corruption,
d’autres dénoncent une mesure irréaliste, punitive ou populiste.
Dans le même temps, d’autres partis, comme le People’s Party, ont lancé leur campagne autour de slogans très fermes contre l’« argent gris », signe que la lutte anticorruption est devenue un thème politique central à l’approche d’élections anticipées possibles.
Conclusion : un signal fort, mais beaucoup d’incertitudes
La proposition de supprimer les billets de 1 000 et 500 bahts marque un tournant dans le débat public en Thaïlande. Elle révèle une volonté politique de resserrer les contrôles, de moderniser les flux financiers et de répondre à une exaspération croissante face à la corruption.
Reste à savoir :
si cette mesure est techniquement applicable,
si elle serait réellement efficace,
et si elle ne créerait pas de nouvelles contraintes pour les citoyens ordinaires.
Une chose est sûre :👉 la Thaïlande de 2026 semble vouloir tourner la page d’une certaine tolérance, que ce soit sur l’immigration, l’économie grise ou la circulation de l’argent liquide.




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