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Armes à feu en Thaïlande : une réalité méconnue derrière la fusillade de Nonthaburi

  • 8 août
  • 4 min de lecture

Lorsqu'on pense à la Thaïlande, les armes à feu ne sont probablement pas la première chose qui vient à l'esprit. Pourtant, le pays possède l'un des taux de détention d'armes par des civils les plus élevés d'Asie du Sud-Est.

La terrible fusillade survenue le 7 août 2026 dans la province de Nonthaburi, au nord

de Bangkok, vient malheureusement de remettre cette réalité sur le devant de la scène.



Une fusillade dans un établissement scolaire près de Bangkok

Vendredi 7 août, un adolescent thaïlandais de 14 ans a d'abord tué ses grands-parents à leur domicile avec une arme appartenant à son grand-père. Il s'est ensuite rendu normalement dans son établissement scolaire, la Debsirin Nonthaburi School, en emportant l'arme et des munitions.

Une fois dans l'école, il a ouvert le feu, tuant cinq membres du personnel et blessant 23 personnes. L'adolescent s'est ensuite tiré dessus et est décédé à l'hôpital.

Au total, huit personnes sont mortes, en comptant le tireur. Il s'agit de la fusillade la plus meurtrière qu'ait connue la Thaïlande depuis près de quatre ans. (Reuters)

Au-delà de l'émotion provoquée par ce drame, l'événement relance une question qui revient régulièrement dans le pays : pourquoi y a-t-il autant d'armes à feu en Thaïlande ?


Plus de 10 millions d'armes détenues par des civils

Le chiffre est assez surprenant.

Selon les dernières grandes estimations internationales disponibles du Small Arms Survey, réalisées à partir de données de 2017, environ 10,3 millions d'armes à feu seraient détenues par des civils en Thaïlande, pour une population qui était alors d'environ 68 millions d'habitants.

Cela représente approximativement 15 armes pour 100 habitants. (Small Arms Survey)

Attention cependant : cela ne signifie évidemment pas que 15 % des Thaïlandais possèdent une arme. Une même personne peut en posséder plusieurs.

Plus étonnant encore, sur ces quelque 10,3 millions d'armes estimées, environ 6,1 millions seraient enregistrées légalement, tandis que plus de 4 millions seraient non enregistrées. La Thaïlande affiche ainsi le taux de détention d'armes civiles le plus élevé d'Asie du Sud-Est, devant les Philippines.

Ces chiffres doivent toutefois être considérés avec prudence : ils reposent sur des estimations anciennes et comptabiliser précisément les armes illégales est, par définition, extrêmement difficile.


Peut-on légalement posséder une arme en Thaïlande ?

Contrairement à ce que pourraient imaginer certains étrangers, la possession d'une arme à feu par un particulier est autorisée en Thaïlande, sous certaines conditions et avec une licence délivrée par les autorités.

Avec une autorisation valide, les civils peuvent notamment posséder certains pistolets, fusils de chasse et carabines de calibre .22. La législation encadre donc la possession d'armes, mais elle ne les interdit pas.

À cela s'ajoute un marché clandestin et un nombre important d'armes non enregistrées.

Le phénomène n'est d'ailleurs pas nouveau. Le Small Arms Survey souligne que la Thaïlande se distingue dans la région à la fois par une culture des armes relativement développée et par leur disponibilité, malgré l'existence d'une législation restrictive.



Plusieurs fusillades ont marqué le pays ces dernières années

La Thaïlande n'est évidemment pas confrontée quotidiennement à des fusillades de masse. Elles restent des événements exceptionnels. Mais plusieurs drames particulièrement violents ont marqué le pays ces dernières années.

En 2020, un militaire avait tué 29 personnes à Nakhon Ratchasima (Korat).

En octobre 2022, la Thaïlande avait ensuite connu l'un des pires massacres de son histoire récente : un ancien policier avait tué 37 personnes, dont de nombreux enfants, dans une crèche de la province de Nong Bua Lamphu.

En 2023, un adolescent de 14 ans avait également ouvert le feu dans le très fréquenté centre commercial Siam Paragon à Bangkok, faisant deux morts. En juillet 2025, cinq personnes avaient été tuées dans un marché de Bangkok. Et en février 2026, une autre attaque avait déjà eu lieu dans un lycée à Hat Yai, dans le sud du pays. (AP News)

La fusillade de Nonthaburi relance donc inévitablement le débat sur l'accès aux armes.


Vers un durcissement de la législation ?

Au lendemain du drame, le Premier ministre Anutin Charnvirakul a annoncé vouloir proposer une nouvelle législation afin de renforcer le contrôle des armes à feu.

Parmi les mesures évoquées figure notamment une restriction beaucoup plus importante du port d'armes dans les lieux publics. Le gouvernement souhaite que celui-ci soit essentiellement réservé aux agents de l'État lorsqu'ils sont en service. (Reuters)

Des mesures avaient pourtant déjà été prises après la fusillade de Siam Paragon en 2023, notamment concernant la délivrance de nouvelles licences et l'accès des jeunes aux stands de tir.

Certains spécialistes réclament aujourd'hui d'aller plus loin, avec notamment davantage de contrôles lors de la délivrance des autorisations, une meilleure prise en compte de la santé mentale des détenteurs et des réévaluations périodiques des licences.


Une facette peu connue de la Thaïlande

Pour les touristes et même pour de nombreux expatriés, la présence des armes à feu reste relativement invisible au quotidien. La Thaïlande n'offre pas forcément l'image d'un pays où plus de dix millions d'armes seraient en circulation parmi la population civile.

C'est pourtant une réalité ancienne et complexe, qui ressurgit malheureusement lors de drames comme celui de Nonthaburi.

La fusillade du 7 août pourrait donc constituer un nouveau tournant dans la politique thaïlandaise de contrôle des armes. Reste maintenant à savoir si les annonces du gouvernement seront suivies de changements durables et, surtout, comment le pays pourra agir sur les millions d'armes non enregistrées qui circuleraient déjà sur son territoire.

 
 
 

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